L'astrologie a-t-elle un avenir ? (par Diane Gautret)

Nous remercions Diane Gautret de nous avoir autorisés à publier cet article, initialement paru dans le magazine Famille Chrétienne (n°1511, du 6 au 12 janvier 2007).


Selon cette vieille discipline pratiquée depuis des millénaires, le ciel de notre naissance influencerait notre caractère, voire permettrait de prédire notre destinée - ce que la tradition chrétienne refuse. Faut-il dénoncer en bloc l'astrologie comme un ensemble de supercheries scientifiques, psychologiques et spirituelles ? Le point en cette fin d'année chahutée où horoscopistes et astrologues nous prédisent fastes et désastres.

Vous vous demandez ce que 2007 vous réserve, et vous vous faites du mauvais sang ? Pas étonnant. D'après Elizabeth Tessier, l'année s'ouvrira "sur un climat de relatif marasme et de confusion", vite balayé par "une phase de mieux-être général et d'optimisme", pour se poursuivre par un été morose, avec une probable catastrophe ferroviaire en septembre ! Comme chaque année, la plus médiatique et la plus controversée des astrologues publie Votre horoscope 2007. Amour, travail, famille, santé : Elizabeth Tessier décrypte chaque signe, décan par décan (période d'environ dix jours), afin d'anticiper "le timing de nos échéances psychologiques". Vaste programme.

Dès l'Ancien Testament, on trouve des mises en garde contre l'astrologie (Dt 18, 10-12). Le prophète Isaïe ne décolère pas : "Qu'ils se lèvent donc pour te sauver, ceux qui détaillent les cieux, ceux qui observent les étoiles et font savoir chaque mois ce qui doit advenir" (Is 47, 12-14). Condamnations répétées tout au long de l'histoire du christianisme, notamment au concile de Tolède (Vème siècle). Mais tempérées par les propos de Saint Thomas d'Aquin, accordant un certain crédit aux astrologues, à condition qu'ils ne touchent pas "à notre pleine responsabilité et liberté".

Les choses et le contexte n'ont-ils pas changé depuis les débuts prometteurs de l'astrologie ? Bien que reprise avec succès par les mass media, l'astrologie aurait en fait peu évolué. Sans tenir compte des nouvelles données scientifiques, elle s'appuie principalement sur le zodiaque géocentrique à sept planètes établi par le Grec Ptolémée, au IIème siècle à Alexandrie, dont les observations firent autorité jusqu'au XVème siècle. Elle prétend que les astres ont une influence sur notre caractère et notre humeur - hypothèse, plausible, reste à savoir de quelle façon - mais, aussi sur notre destinée, ce qui est contestable. Si on connaît la configuration des astres à la naissance d'un individu, configuration symbolisée par les douze signes du zodiaque (Bélier, Taureau, Gémeaux... jusqu'aux Poissons), on peut déterminer son thème astral et dessiner les grandes tendances de son caractère. Par jeu de calculs et de projections, on prétend également prévoir l'avenir, le comportement humain étant comparable aux grandes lois cosmiques.

"Une connaissance voisine de la mystique, de l'art et de la science"

De son côté, André Barbault promet une Astrologie certifiée (Seuil, 2006) aussi éloignée que possible des révélations tapageuses de son encombrante consoeur Elizabeth Tessier. Ce vétéran de l'astrologie, rompu à la psychanalyse et à l'informatique, a bâti sa réputation sur le sérieux et la respectabilité. Il cite d'ailleurs volontiers Carl Jung : "Nous sommes nés à un moment donné, en un lieu donné, et nous avons, comme les crus célèbres, les qualités de l'an et de la saison qui nous ont vus naître".

Rien d'excité chez ce petit homme chenu en col roulé et veste en tweed, installé dans une paisible maison des Buttes-Chaumont à Paris. Au terme d'un long entretien se voulant rassurant, mais quelque peu embrouillé et contradictoire, avec cet ex-vice-président du Centre international d'astrologie, je me lance. Et lâche du bout des lèvres mes date, lieu et heure de naissance. André Barbault sort des éphémérides écornées, parcourt d'un oeil véloce ma topographie astrale. Le verdict tombe : "Vous êtes dans un champ de développement de personnalité lié à un transit d'Uranus sur votre Soleil ; impression d'une évolution de carrière depuis un an ; d'un certain flou et de hautes marées d'ici à quelques années... Fond d'humanisme chez vous, etc.". Qu'en penser, mis à part qu'on aime par-dessus tout se regarder dans le miroir ?

L'homme est un brillant connaisseur des profondeurs de l'inconscient, il a devancé mes pensées secrètes. Il s'est contenté de brumeuses généralités. C'est un virtuose du "cold reading", technique de persuasion consistant à sonder habilement le consultant pour lui donner l'impression de lire dans ses pensées et son avenir. Convaincu, il voudrait sincèrement m'aider à mieux me connaître. "L'astrologie est une connaissance voisine de la mystique, de l'art et de la science", conclut-il selon la formule consacrée du milieu. Avant une ultime envolée poétique : "Elle apporte un éclairage différent, peut-être pas plus grand qu'une bougie dans une cathédrale. Et parfois il faut souffler la bougie si tous les autres signaux sont contradictoires".

Comment comprendre l'astrologie aujourd'hui ? La chanteuse Françoise Hardy n'est pas davantage explicite. Sollicitée par Paris-Match pour un "comparatif astro" entre Royal et Sarkozy, la plus people des pro-astrologie s'exécute... et n'oublie pas qu'Alain Delon [invité vedette de son dernier album Parenthèses] "est Scorpion, signe qui porte à voir les choses plus en noir qu'en rose"... Ca s'obscurcit.

"Une croyance clignotante", d'après Edgar Morin

Née dans l'ancienne Irak il y a cinq mille ans, portée à son apogée dans l'Antiquité, et vénérée comme un art royal, l'astrologie se sépara progressivement de l'astronomie, pour décliner lentement après la Renaissance. Interdite sous Colbert, réapparue au XIXème siècle, surfant aujourd'hui sur la vague du New Age, cette vieille lune de l'humanité, décriée par les milieux scientifiques et raiIIée par les modernes, aimante encore les esprits. Sous des atours ludiques, adaptés à la mentalité consumériste actuelle, se cache une nébuleuse d'horoscopistes et d'informaticiens astrologues qui prolifèrent sur la Toile, sans compter le nombre stupéfiant de publications sur le sujet.

"L'astrologie est une croyance clignotante", notait Edgar Morin. Entre curiosité et dérision, le coeur balance. Parmi la moitié des Français qui consultent leur horoscope, la plupart y croient vaguement, y trouvant parfois de troublantes concordances. "II ne faut pas le lire au pied de la lettre. Cela indique plutôt un climat, et parfois une direction à prendre ou un défaut à surveiller". C'est donc que le ciel pourrait dire juste. Et si un ordre cosmique répondait au désordre terrestre ?

"Scientifiquement, l'astrologie est une aberration"

Déjà au XIIIème siècle, Saint Thomas s'était penché sur la question. "Il reconnaissait l'influence des astres sur la nature matérielle (saisons, plantes, croissance des végétaux) et donc sur le corps de l'homme. Au moment de la pleine lune, par exemple, les nuits sont plus agitées, c'est du bon sens : les photons du soleil réfléchis par la lune maintiennent dans un état d'excitation. II reconnaissait aussi une influence sur la partie animale de notre psychisme, celle tributaire de notre dimension somatique, tel que le caractère", explique le Père Joseph-Marie Verlinde dans 100 questions sur les nouvelles religiosités (éd. Saint-Paul, 2002).

Beaucoup d'hommes suivent leurs pulsions émotionnelles plutôt que de les soumettre à la raison et à la volonté, notait le "docteur angélique". "Tous fils des étoiles !", comme le proclamaient les hippies. "Mais les facultés spirituelles de l'âme rationnelle ne sauraient en aucune manière subir l'influence des astres", poursuit le Père Verlinde : "la matière est sans pouvoir sur l'esprit". Le docteur de l'Eglise distinguait par ailleurs observation prévisionnelle (anticiper les effets d'une sécheresse ou d'une inondation, par exemple) et astrologie divinatoire : "Saint Thomas constatait déjà que la prédiction avérée ne pouvait être fournie et transmise que par un esprit occulte".

Néanmoins, il serait fou de conclure que les astres nous gouvernent et déterminent nos actions futures. "Scientifiquement, l'astrologie est une aberration", fulmine Daniel Kunth. Directeur de recherche au CNRS, cet astronome à l'Institut d'astrophysique de Paris est l'auteur de Peut-on penser l'astrologie : science ou voyance ? (éd. Le Pommier, 2000). Pour lui, "tous les calculs des astrologues sont démentis sans arrêt, c'est épuisant ! En outre, la plupart des planètes étaient inconnues à l'origine de l'astrologie". Sans parler des théories de l'expansion de l'univers ou de la précession des équinoxes (l'axe de la rotation de la Terre se déplace), qui obligerait à reculer tout le monde d'un signe sur le zodiaque.

Dans l'astronomie, on s'intéresse au ciel pour ses objets, astres, planètes, gaz ; on étudie la mécanique céIeste, les orbites planétaires, les éclipses. Dans l'astrologie, on "essaie d'introduire des rapports magiques entre l'homme et ces objets". Dans un cas, on s'appuie sur des faits vérifiés ; dans l'autre, la marge d'interprétation est consid6rable. La lumière des étoiles renseigne sur le passé de l'univers et non sur l'avenir des hommes. Les lunettes de l'astronome polonais Copernic, les travaux de Galilée et les réflexions de Kepler ont confirmé que les astres n'étaient pas des dieux dotés d'intelligence, d'émotions et de volonté, et que leurs positions ne déterminaient aucune destinée humaine. Pour la plupart des astronomes, l'astrologie plonge davantage ses racines dans les profondeurs de la psychologie humaine que dans la connaissance de configurations zodiacales hasardeuses. Qu'est-ce qu'un bon astrologue, si ce n'est un intuitif qui devine les attentes de l'autre ? Le Franco-Américain David Berlinski est plus iconoclaste encore. L'astrologie survit aujourd'hui dans la biologie, soutient l'auteur de La tentation de l'astrologie (Seuil, 2006). Notre destinée ne serait plus inscrite dans les astres mais dans nos gènes ; et c'est ainsi que se perpétuerait la pensée superstitieuse !

"Le débat sur la consistance scientifique de l`astrologie est stérile !", renchérit Stéphane, 40 ans, astronome amateur et passionné d'astrologie. "Je préfère considérer le thème astral - d'ailleurs plus intéressant à composer qu'à lire (ce qui reste passif et narcissique) - comme une sorte de levier artistique, à l'instar de la littérature ou de la peinture. II définit un "archétype de la personnalité" qui ne lui paraît pas farfelu. Exemple ? Stéphane a exercé un métier rare pendant quinze ans avec une personne ayant les mêmes caractéristiques astrologiques que lui : troublant. En somme, pour ce "Scorpion" assumé, l'astrologie permettrait, peut-être de manière dégradée, de nourrir une réflexion symbolique sur soi-même, comme c'était courant au Moyen Age. "Quand on se sait Gémeaux, Bélier ou Taureau depuis la petite enfance, on finit par en intégrer inconsciemment les composantes". Tout comme notre prénom colore notre personnalité.

Stéphane rejoint par ailleurs la pensée de Saint Thomas : "L'être humain est relié à l'immensité de l'Univers, c'est une réalité physique. Tout est ondulatoire. Nous sommes traversés par des énergies incommensurables. Un physicien vous dira par exemple que I'influence gravitationnelle de Mars équivaut à un camion de trois tonnes passant a trente mètres. En tant que chrétien, je n`oublie pas que la Bible est parsemée de signes célestes". Les signes du zodiaque ne figurent-ils pas dans certaines cathédrales, comme celle de Milan ?

"Face à la montée des inquiétudes, il faut se placer au coeur de la foi"

"L'aspect symbolique revendiqué par les nouveaux astrologues est respectable, mais il suppose toutefois une initiation, prévient le Père Alexandre Denis. Si les signes sont connus, leur signification ne va pas de soi". Pour avoir fait autrefois beaucoup de prestidigitation, ce jeune prêtre parisien s'est intéressé au courant dit de "mentalisme" et aux différentes techniques de suggestion. "On frôle l'ésotérisme, poursuit-il, tandis que dans l'Evangile, rien n`est caché".

Si on veut voir par ailleurs dans l'étoile des Rois mages un symbole de la Providence menant vers la pleine lumière du Christ, l'astre sans couchant précisément, rien ne remplacera l'authentique foi fondée sur la Révélation. Le Dieu créateur et miséricordieux de la Bible a un projet pour chacun, qui respecte la liberté humaine. Le christianisme nous apprend à placer notre confiance en lui, plutôt que dans les astres.

Mais reconnaître une certaine valeur symbolique et anthropologique à l'astrologie ne veut pas dire l'encourager. C'est la position du Père Pascal Ide, philosophe et théologien : "Tous les ouvrages sur l'astrologie réintroduisent un vocabulaire un peu disparu sur les astres, les planètes, les cristaux, les plantes. Ils nous rappellent combien l'homme est inséré dans le cosmos qui exerce lui-même une action sur l'homme, thème cher à Jean-Paul II". Le prêtre remarque par ailleurs un glissement de vocabulaire. A partir du XVIIème siècle : "L'univers devient inquiétant, infini et hostile là où le cosmos des Anciens signifiait un ordre et une régularité".

Qu'en conclure ? L'homme moderne veut de nouveau vivre en harmonie avec la Nature. Mais en même temps, "il regarde vers le ciel parce qu'il croit que le Ciel est vide", ajoute le Père Ide. Cela pose d'autres questions, morales (une possible aliénation de la liberté) et spirituelles. "Ce phénomène n'est pas à prendre à la légère. Il traduit une grande angoisse par rapport à l'avenir. A l'échelle individuelle, il apparaît lors de crises personnelles - perte d'un être cher, déception amoureuse, échecs professionnels - auxquelles une vraie pastorale de I'Espérance permettrait de répondre". Pour lui, une "réflexion sereine et lucide, pas seulement défensive, serait très précieuse".

Face à la crainte des bouleversements et à la marée montante des inquiétudes, "c'est au coeur de la foi qu'il faut se placer", poursuit le Père Alain Castet, curé de la paroisse Saint-François-Xavier à Paris. "Que votre sérénité soit connue de tous les hommes. Le Seigneur est proche. Ne soyez inquiets de rien, mais en toute circonstance, dans l'action de grâce, priez et suppliez pour faire connaître à Dieu vos demandes", proclame Saint Paul dans sa Lettre aux Philippiens (4,4-7). Faire de l'espérance un simple cache-misère serait céder la place aux prophètes de malheur. "Suivre le Christ, c'est s'inscrire dans une logique de confiance, poursuit le Père Castet. Confiance présente dans le mystère de la Nativité, mais également dans celui de Pâques : la mort ne peut avoir le dernier mot".

"Qu'est-ce que je vais faire, avec ma liberté ?"

De quoi demain sera-t-il fait ? Que vais-je devenir? Comment surmonter les épreuves ? En aurai-je la force ? Pas plus que les autres, le chrétien n'échappe aux questions relatives au futur. Questions exacerbées par un climat anxiogène ; et inhérentes à la dimension tragique de l'existence ; mais que le Christ permet de traverser.

Déplorant la faiblesse du discours eschatologique dans l'Eglise, le Père Benoît Domergue s'alarme quant à lui "d'une recrudescence de l'astrologie extême-orientale, chinoise et hindoue-jyotish, y compris dans les grands magazines, qui banalisent la notion de karma. Or le karma repose sur la théorie de la réincarnation, là où le christianisme enseigne que nous sommes rachetés par le Christ, et que nous avons une seule vie pour nous préparer à l'éternité". Pour ce docteur en anthropologie religieuse, auteur de Points de repères sur l'astrologie et la voyance (Ed. de I'Emmanuel, 1994), si l'homme doit retrouver sa place dans le cosmos, ce n'est certainement pas via une croyance superstitieuse et syncrétiste comme l'astrologie.

"Je ne pense pas que l'astrologie soit l'enfermement premier des gens", modère le Père Lancrey-Javal, curé de la paroisse Saint-Louis-d'Antin à Paris. "C'est un recours à leurs problèmes de la vie courante, ainsi qu'à leur immense solitude. Elle leur permet de se retrouver dans une certaine communauté de destin".

Encore faudrait-il que la typologie dressée par l'astrologie intègre l'histoire personnelle de chacun. Or, selon le Père Ide, la partie caractérologique de l'astrologie, bien qu'originale, est assez décevante et peu rigoureuse : "Le plus intéressant est ce que je vais faire, avec ma liberté. Si je suis un Lion passionné, par exemple, je peux devenir Mozart. Ou ne jamais rien développer de mes dons".


Cours d'astrologie gratuit

L'astrologie vous intéresse ? Nous vous offrons un cours !


cours astrologie gratuit

Contactez-nous

Claude de Chivré
claudechivre@yahoo.com